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Eveil spirituel et psychose

Depuis que la science a montré les bénéfices de la méditation et du yoga, tout le monde s’y met. C’est une bonne chose, dans la mesure où au delà des bénéfices en termes de santé, ces activités permettent aussi de se reconnecter à son “moi” profond, à devenir plus patient, plus tolérant… Des traits de caractères à la fois appréciables et utiles dans le monde d’aujourd’hui.

En même temps, ces approches orientales ne plaisent que parce qu’elles sont plus “laiques” que nos vieilles méthodes comme la prière chrétienne ou la contemplation. Alors qu’en fait l’objectif est le même. De plus, la plupart des gens cependant se lancent dans ces pratiques dans une approche purement orientée vers le bien-être, voire l’augmentation des performances.

Ce faisant ils écartent la nature profondément spirituelle de ces pratiques. Probablement un petit peu trop vite, car il faut bien se souvenir que l’objectif, ou plutôt la conséquence ultime de la pratique de ces méthodes, est d’atteindre l’illumination. C’est à dire de dilater sa conscience jusqu’à ce qu’elle finisse par embrasser l’univers dans son entier.

Et cette expérience de dissolution de l’ego dans le grand tout très cher lecteur, la science occidentale lui a donné un nom. On appelle ça une décompensation psychotique! Si si… Tous ceux qui y sont passés (et ont un peu de recul sur l’expérience) vous le diront…

La méditation…

Une question de perspectives avant tout

Faites l’expérience de l’absolu dans un ashram en Inde et vous serez rempli d’un profond sentiment de plénitude, un sourire béat au lèvre… Vous vous exclamerez peut-être: “Oh mais en fait je suis une créature Divine / je fais partie de Dieu / je suis Dieu”. Et les personnes sur place, si elles-mêmes sont passées par l’éveil, vous souriront et vous répondront alors: “Finalement tu as compris… Bienvenu chez les humains!”.

Si vous faites la même expérience dans la société moderne occidentale, c’est un aller direct pour l’hôpital psychiatrique. Où on vous gavera de neuroleptiques jusqu’à ce que vous compreniez que la meilleure option pour ressortir est de vous calmer et de ne surtout pas raconter vos expériences mystiques au psychiatre ou aux infirmiers de garde…

Remarquez, on a beaucoup progressé. Fut une époque où les gens finissaient cloués sur une croix pour avoir partagé ce type d’expériences. Ou dans la fosse aux lions. Les sorcières du moyen-âge elles ont fini au bûcher. Au XIXème c’était la lobotomie… Pour les mêmes raisons: un défaut de conformité par rapport à la norme établie, un refus de s’y soumettre et une incompréhension de la possibilité d’y échapper sans heurts.

Pourquoi en est-il ainsi? Parce que l’expérience de dissolution de l’égo, l’illumination du Bouddha ou la conscience Christique, est une expérience profondément antinomique avec le mode de fonctionnement individualiste et le matérialisme scientifique des sociétés modernes. Elle peut par ailleurs amener à la remise en cause radicale des figures d’autorité, de l’ordre établi, et de la vérité “autorisée”.

Yoga en couple
… et le yoga réveillent vos énergies…

L’expérience spirituelle en quelques lignes

Pour faire très (très) simple, les expériences d’éveil spirituel impliquent entre autres de prendre profondément conscience de l’inter-connectivité du monde vivant et une sensibilité accrue aux énergies dégagées par les êtres. Elles peuvent par ailleurs être associées à des manifestations psychiques, physiologiques et énergétiques qui défient l’esprit rationnel (éveil de Kundalini).

Rien de “magique”, c’est d’ailleurs très probablement la science de demain et l’évolution naturelle de l’espèce humaine. Sauf que visiter cet état de conscience met en lumière les non-sens de l’existence moderne, d’où peut émerger une envie irrépressible de tout changer. De “sauver” le monde en lui révélant la “vérité”. “Sa” vérité… plus exactement.

Dans certains cas, cela peut conduire au syndrome du messie, du gourou ou du leader révolutionnaire. Il faut bien comprendre que les états de conscience et les énergies qui traversent l’individu lui confèrent un fort charisme. Ces états sont donc porteurs de changement et d’évolution, mais aussi de chaos social.

Le collectif humain a donc mis en place des solutions pour parer à ce type d’éventualité: la mise en quarantaine psychiatrique. Et oui… Jésus et Bouddha, s’ils avaient vécu dans la société occidentale du XXIème siècle, auraient fini dans un hôpital psychiatrique bien avant d’avoir pu partager leur expérience!

Inconscient
…tout en éclairant l’inconscient…

La phase post-éveil

Dans le cas idéal, l’individu en vient rapidement à la conclusion salvatrice que le monde est tel qu’il est parce que 90% des gens sont d’accord avec les règles. Que tout cela à un sens, et qu’on ne libère pas les gens de leurs chaînes ni des maîtres qu’ils se sont choisis, et sans lesquels ils se retrouvent seuls face à leurs angoisses existentielles.

Après une période appelée la “nuit noire de l’âme”, il va alors progressivement “recoller les bouts”, c’est à dire une nouvelle psyché, souvent plus simple et plus flexible que la précédente. Et aussi plus centrée sur l’essentiel.

Dans le cas le moins favorable, l’individu va finir par se perdre dans le dédale de ses visions (son inconscient) et passer de longues années sous traitement anti-psychotique voire en hôpital psychiatrique.

C’est un peu la parabole de la Zohar (un texte majeur de la Kabbale juive) qui raconte l’histoire de 3 rabbins qui voient la face de Dieu. L’un meurt immédiatement, le deuxième devient fou et seul le troisième survit et entre au “paradis” (en fait il y a un quatrième rabbin dans l’histoire mais peu importe, ce n’est pas très important ici).

Qu’on se le dise, l’éveil spirituel, c’est la “petite mort”! La mort du mental. La dissolution de l’égo n’est donc pas un événement anodin!

Il est donc important de rester les pieds bien accrochés à la Terre.

Eveillé ou psychotique?

Quelle est alors la différence entre l’être “éveillé” et le psychotique “pathologique”? Le premier a intégré son expérience et devient capable de faire des allers-retours entre le monde matériel et le monde spirituel. Il est capable de connecter sur différents niveaux de réalité à volonté! Voire d’embrasser plusieurs niveaux simultanément.

Le second va avoir du mal à faire la part des choses entre ces deux mondes et cela va générer de la souffrance. Qui peut devenir handicapante au point de le rendre inapte à vivre en société (dans le matériel). Et l’éjecte de manière plus ou moins pérenne dans le monde spirituel. Autrement dit:

“Le schizophrène se noie dans les mêmes eaux où le mystique nage avec délices” – Joseph Campbell

C’est la capacité de résilience de l’individu qui va faire la différence. Et aussi le contexte social… Entouré de cartésiens et de matérialistes pur souche, peu ouverts à la spiritualité, l’état mystique va forcément être “pathologisé” et l’individu orienté vers la psychiatrie.

Entourés de yogis, de pratiquants de méditation (ou de toute autre catégorie de personnes ouvertes à la spiritualité), de qui ces états de conscience sont bien connus, et qui ont également intégré le “Bas” (sorcellerie et chamanisme), la situation va être plus propice à une “redescente” sur Terre en douceur…

La société a une certaine tendance à “pathologiser” les expériences spirituelles.

Réflexion sur la nature de la “folie”

La folie n’existe pas dans l’absolu. Elle n’existe que par rapport à l’incapacité de fonctionner dans un contexte social donné et à la souffrance qui en résulte. Et force est de constater que bien souvent la société elle-même apparaît comme profondément psychotique.

Mais comme tout le monde vit à peu près dans la même illusion, ça ne pose pas (trop) de problèmes. Du moins en apparence: il suffit de gratter un peu sous la surface pour réaliser à quel point tout le monde est “perché” d’une façon ou d’une autre.

Encore un doute? Quelques exemples simples… A votre avis, que se passerait il si vous preniez un chasseur du fin fond de l’Amazonie (ou un Japonais) pour le faire vivre au cœur de Paris? Ou si vous envoyiez un citadin occidental au cœur de l’Amazonie? Qui serait le fou de l’autre à votre avis? Qui finirait alors en dépression ou en décompensation psychotique? Combien d’artistes talentueux des milieux mondains se seraient retrouvés en psychiatrie dès l’enfance s’ils étaient nés dans des milieux sociaux défavorisés, où leurs talents visionnaires leur auraient valu l’ostracisme plutôt que la reconnaissance sociale?

On est tous le “fou” de quelqu’un! Ou plus exactement du groupe social dont on ne partage pas les codes! C’est l’uniformisation sociale qui crée les “fous”… qui ne sont en fait que des divergents en souffrance! Autrement dit, vous n’êtes pas “fou”, vous êtes divergent et il vous faut trouver votre tribu!

Tu veux des antidépresseurs?Du lithium? Des neuroleptiques?  On peut aussi aller se balader en forêt si tu préfères!

Doit-on avoir peur de l’éveil spirituel alors?

Non… Bien sûr que non. D’une part, il faut savoir qu’atteindre ces états d’éveil ne se fait pas comme ça. Certains méditent ou font du yoga toute leur vie sans jamais en faire l’expérience. La dissolution de l’ego ne se produit en fait que lorsqu’elle est nécessaire. Quand l’individu a besoin de passer par une phase de renouvellement psychique. D’entrer une nouvelle phase de son existence…

D’autre part, les expériences d’éveil peuvent aussi se produire de façon accidentelle. Choc émotionnel (perte d’un proche), stress physiologique (maladie ou changement important des habitudes alimentaires ou du rythme de vie), les causes possibles sont aussi diverses que variées. Le mécanisme est tout à fait naturel et fait partie de l’évolution individuelle.

C’est d’ailleurs ces cas d’éveils accidentels qui posent le plus de problèmes! Dans la mesure où l’individu n’a aucune idée de ce qu’il lui arrive, la situation a plus de chance de s’emballer et de se terminer chez des “experts” qui vont “pathologiser” la situation.

Pour revenir sur la méditation et le yoga, il suffit juste de se souvenir qu’effectivement, ces pratiques peuvent mener à des expériences spirituelles qui sont généralement mal vues et mal comprises par la société. L’équivalent d’une dose de LSD ou de champignons hallucinogènes.

Je reviendrai dans un prochain article sur les méthodes utilisées par les yogis et les pratiquants de méditation pour rester ancrés (ou revenir) à la “réalité” quand ils font l’expérience de ces états de consciences modifiés. C’est de toute évidence plus important.


Lire aussi: Transe chamanique, neurosciences et psychiatrie.

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