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La science de la connectivité

Le scientifique britannique Rupert Sheldrake a appartenu à la Société Royale de Biologie (la crème du milieu académique anglais), obtenu ses diplômes entre Cambridge et Harvard, et était qualifié par le Guardian en  2012 comme étant “un des plus brillants darwinistes de son temps”.

Il a publié a peu près 80 articles scientifiques et dix livres. Il apparaît encore souvent dans des émissions de portée internationale et écrit régulièrement pour les journaux et magazines.

Sheldrake parle de concepts novateurs en biologie cellulaire depuis 1981, date à laquelle il a publié son livre: “Une nouvelle science de la vie”. Son idée principale est que la croissance cellulaire qui mène à la formation des organes et de l’organisme dépend d’autre chose que du code génétique.

Comme c’est souvent le cas pour les scientifiques qui sortent des sentiers battus et de la bien-pensance académique, cette théorie lui a valu des attaques ad hominem particulièrement hostiles. Que raconte-t-il donc de si dérangeant?

rupert sheldrake
Le docteur Rupert Sheldrake lors d’une conférence TEDx.

Les concepts de champ et de résonance morphique

Sheldrake propose qu’il existe un champ d’information biologique similaire au champ gravitationnel ou au champ électromagnétiques naturels et artificiels (e.g. radio). C’est le champ morphogénétique ou plus simplement champ morphique.

Tous les individus d’une espèce donnée seraient connectés à ce champ, dont ils extrairaient l’information nécessaire à leur développement. C’est le processus que Sheldrake appelle la résonance morphique.

Le concept de Sheldrake n’est pas sans ressemblance avec celui de l’inconscient collectif de Jung. En fait, il ne fait qu’élargir ce concept au biologique. Le concept de champ morphique est également proche de la noosphère de Teilhard de Chardin et Vernadsky.

champ morphogénétique
Une représentation artistique des champs morphiques.

La théorie de Sheldrake réduit le rôle de l’ADN dans la morphogenèse et remet au premier plan le rôle de la conscience dans les phénomènes biologiques. La théorie des champs morphiques est à la biologie ce que la théorie quantique est à la physique!

Et si justement on replace cette théorie dans un contexte multidisciplinaire, au côté de l’inconscient collectif de Jung, de la physique quantique, et de la théorie des cordes (univers multidimensionnel), on arrive à une perspective assez cohérente. En fait une théorie du grand tout. Bien plus compatible avec la spiritualité que le scientisme grand public.

Disons le clairement, la théorie de Sheldrake relève de la science post-moderne et à bien des égards fait appel à l’idée de dieu. Non pas comme un gros monsieur barbu à la barbe blanche assis dans les nuages, mais comme une sorte de conscience et d’énergie universelle, dont l’égo et la matière ne seraient que les niveaux d’organisation les plus bas.

champ morphique
La matière est-elle le niveau d’organisation le plus bas d’un système multidimensionnel?

Une interview avec Rupert Sheldrake

Le magazine SuperConsciousness a interviewé le Dr. Rupert Sheldrake au sujet de son travail et des attaques personnelles auxquelles il fait face de la part des sceptiques.

SC: Pouvez-vous expliquer le concept de résonance morphique à nos lecteurs?

RUPERT SHELDRAKE: La résonance morphique est la façon dont les choses s’accordent les unes aux autres. Cela fonctionne sur le même principe que la résonance physique classique.

Un exemple simple: imaginons que vous chantiez le son “oooh” au dessus des cordes d’un piano, tout en appuyant sur la pédale de droite, celle qui amplifie le son. Quand vous arrêtez de chanter, le piano va vous renvoyer ce son “oooh” pour un moment. Si vous chantez une autre note, disons “aaah”, c’est ce que le piano vous renverra. C’est de la résonance!

résonance
La résonance morphique fonctionne comme la résonance physique.

Beaucoup de technologies modernes fonctionnent sur le principe de la résonance. La radio et la télévision sont toutes deux des technologies de résonance. La radio par exemple fonctionne parce que vous faites entrer le récepteur en résonance avec les ondes qui remplissent l’espace de votre pièce. Cette même pièce est également remplie d’ondes de téléphonie mobile, de télévision et d’internet sans fil. La raison pour laquelle nous ne sommes pas dépassés est que notre cerveau n’est pas adapté à entrer en résonance avec ces fréquences.

SC: Vous avez étendu le concept de résonnance morphique à la biologie du développement?

SHELDRAKE: Oui c’est exact. Le matériel génétique, c’est à dire l’ADN, permet à chaque organisme de fabriquer les protéines correctes. La vue classique tend à attribuer toute l’information héritée dans les gènes, mais le rôle de l’ADN est sérieusement surévalué. Ce que l’on sait de manière certaine, c’est qu’ils codent pour les protéines. Mais entre un tas de protéines et le degré d’organisation d’un organisme complet, il y a une grande différence.

Du point de vue de la théorie de la résonance morphique, quand un chrysanthème se développe par exemple, il se connecte au champ morphique des chrysanthèmes et une girafe, elle, se connecte au champ morphique des girafes.

Les chrysanthèmes ont ils accès à un champ morphique qui porte l’information quant à leur morphologie?

SC: Est-ce qu’il s’agit d’un champ d’information vivant?

SHELDRAKE: C’est une sorte de mémoire collective. Chaque membre d’une espèce en extraie de l’information et y contribue en retour. Vous pourriez dire qu’il s’agit d’une conscience collective, mais en fait il s’agit plus d’un inconscient collectif. Un peu comme l’inconscient collectif de Jung.

Je suggère par exemple que si quelqu’un apprend quelque chose de nouveau, comme le kite-surf par exemple, cela devient plus facile pour d’autres de l’apprendre grâce à ce phénomène de résonance morphique. Si vous entraînez des rats à faire quelque chose de nouveau, alors les rats dans le monde entier vont être capable d’apprendre parce l’information apprise par le premier groupe de rats sera disponible dans le champ morphique.

C’est ce que la résonance morphique est je pense. Une sorte d’interconnexion entre les organismes similaires à travers le temps et l’espace. Elle s’étend dans le passé et connecte tous les membres d’une espèce dans une sorte de mémoire collective.

télépathie
Les champs morphiques impliquent la possibilité de phénomènes télépathiques.

SC: Vous voyez donc le mental comme faisant également partie du champ morphique?

SHELDRAKE: Oui. Je met en avant l’hypothèse que l’esprit est un système de champs. Ces champs sont dans le cerveau mais s’étendent bien au delà. Tout comme le champ d’un aimant s’étend au delà de l’aimant ou comme le champ produit par un téléphone cellulaire s’étend au delà des circuits du téléphone. Je pense que l’esprit est totalement détaché de la matière, du temps et de l’espace!

Nos esprits s’étendent dans l’espace et nous connectent. Les groupes sociaux tels qu’un groupe d’oiseaux, un banc de poissons ou une colonie de fourmis sont associés à des champs morphiques. Cela s’applique également aux humains.

Les gens forment toutes sortes de groupes sociaux au sein de la société moderne. Comme une équipe de foot par exemple. Chaque joueur est part d’un ensemble plus grand, l’équipe, et cette équipe travaille vers un objectif commun. Ils sont interconnectés à travers ce champ morphique. Ce champ est invisible et toujours actif même quand les joueurs vaquent à leurs activités dans des endroits différents.

Le champ morphique connecterait l’individu au groupe.

La prochaine fois que vous êtes loin d’une personne que vous aimez, pensez à eux et formulez mentalement l’intention de les appeler par téléphone. Ils pourraient très bien capter cette information et commencer à penser à vous. Et peut-être bien que c’est à ce moment que le téléphone sonnera et que ce sera eux! C’est la forme de télépathie la plus courante dans le monde moderne. Et juste une autre façon dont les humains sont connectés entre eux.

SC: Ces trente dernières années, vous avez reçu pas mal de résistance de la part de la communauté scientifique. Pourquoi cela?

SHELDRAKE: La principale raison est que la plupart sont encore dans le paradigme matérialiste, la doctrine que la réalité n’est que matière. Ce que mes observations impliquent, c’est que le monde naturel est bien plus que cela. Il y a d’abord ces champs de résonance et aussi l’idée que les lois de la nature ne sont pas fixes, qu’elles correspondent en fait plus à des habitudes.

Le vivant échange-t-il de l’information autrement que par la matière?

On a déjà pas mal de champs différents en physique: les champs électromagnétiques, les champs gravitationnels, les champs quantiques. Pourtant personne ne veut concevoir l’idée qu’il puisse y avoir également des champs qui gouvernent les organismes vivants, les plantes, les écosystèmes, etc…

Que ce soit au niveau développemental ou comportemental, les biologistes pensent toujours qu’il est possible de réduire le vivant à la matière et à des processus mécaniques.

Et la conscience est toujours le phénomène le plus incompris de la science. Ce n’est pas comme si il y a avait une théorie de la conscience en cours d’élaboration ou sujette à débats. En réalité la science matérialiste n’a produit aucune théorie pour la conscience!

Il faut bien dire que ces idées de champs morphiques représentent une sacrée remise en cause du paradigme actuel. C’est pour cela que c’est si controversé.

Le vivant échange-t-il de l’information autrement que par la matière?

SC: Si la perspective de la communauté scientifique change, cela impacterait-il le “champ morphique” du grand public?

SHELDRAKE: Oh oui. Cela affecterait notre entière culture et la façon dont on regarde la nature. On commencerait à comprendre que la nature est vivante plutôt que mécanique. Le paradigme scientifique actuel veut que la nature soit une machine et fonctionne donc mécaniquement, alors que je pense que la nature est un super-organisme vivant et qu’elle possède une sorte de mémoire.

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