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La science porte un regard nouveau sur les champignons hallucinogènes

Les champignons hallucinogènes, dont la principale molécule psychoactive est la psilocybine, ont été utilisés dans les rituels traditionnels pendant des centaines, sinon des milliers d’années et ce dans diverses cultures. En France, ils sont classés dans la liste des produits stupéfiants illégaux depuis cinquante ans. Leur consommation et leur possession sont sévèrement punis par la loi.

Pourtant certaines recherches récentes pourraient briser le tabou quand à l’usage de cette drogue, dans la mesure où elles mettent en évidence ses bénéfices dans le cadre du traitement de la dépression et sa capacité à calmer l’anxiété des patients en fin de vie.

psilocybine et cerveau
Champignons du genre Psilocybe.

Dans cet article publié en 2006, des scientifiques de l’Université John Hopkins (USA) observent qu’une prise unique de psilocybine peut produire des changements psychologiques pérennes.

Cet effet à long terme est à la fois surprenant et mystérieux, disent les scientifiques, mais semblent résulter de ce qu’ils appellent une puissante expérience mystique induite par l’usage de la drogue, incluant notamment le sentiment de faire un avec l’universet un sens du sacré.

“Avant l’expérience elle-même, on a passé huit heures à parler avec les gens de leur cancer, de leur anxiétés, leurs soucis dans l’objectif de développer une relation de confiance avec eux. Pendant l’expérience elle-même, il n’y avait aucune intervention ou consigne particulière. On a juste invité les gens à s’allonger sur un canapé, à se relaxer et à explorer leur propre expérience intérieure”, explique Roland Griffiths, le scientifique en charge de l’étude, par ailleurs considéré comme l’un des meilleurs experts mondiaux dans le domaine des effets psychologiques des drogues.

Roland Griffiths et la psilocybine
Le Professeur Roland Griffiths, directeur du département de psychiatrie et de neurosciences à l’Université John Hopkins (USA), explique ses résultats lors d’une conférence TEDx.

Plus de deux tiers des volontaires de l’étude décrivent l’expérience, réalisée en laboratoire sous surveillance permanente, comme l’une des plus importantes et spirituellement significatives expériences de leur vie, la comparant avec la naissance de leurs enfants ou la mort d’un proche.

Une question reste en suspens pour les amateurs de science: que se passe-t-il exactement dans  le cerveau avec l’usage de cette drogue?

“Nous utilisons ici des techniques d’imagerie cérébrale. C’est également ce que fait le groupe du Dr. Robin Carhart-Harris au Collège Impérial de Londre. C’est donc un domaine de recherche très actif. On explique le processus par des changements dans ce qu’on appelle le ‘mode de fonctionnement en réseau par défaut’, impliqué essentiellement dans la définition du soi, de l’égo. Il semble que ce réseau soit hyperactif chez les personnes dépressives. Dans la pratique de la méditation, ce réseau est inactivé. C’est aussi ce qui se passe avec la psilocybine. Il pourrait y avoir une corrélation directe avec les expériences de clarté qui résultent de se concentrer sur l’instant présent”, pense Griffiths.

Comme la pratique de la méditation, la psilocybine active des réseaux de neurones habituellement dormants.

Le Dr.  Robin Carhart-Harris, directeur du département de recherche sur les drogues psychédéliques au Collège Impérial de Londre, concentre sa recherche sur l’usage thérapeutique des champignons hallucinogènes chez les personnes dépressives.

Dans une étude publiée dans le journal Scientific Reports, lui et son équipe suggèrent que la psilocybine pourrait “rebooter” certains circuits neuronaux impliqués dans la dépression. Ils ont utilisé des scanner cérébraux avant et après traitement, et mis en évidence des changements dans l’activité cérébrales associés à des réductions marquées et pérennes des symptômes dépressifs. Carhart-Harris explique:

“On a pu montrer pour la première fois des changements clairs dans l’activité cérébrale de personnes dépressives traitées avec de la psilocybine après l’échec des traitements conventionnels. Pour décrire leurs ressentis, plusieurs de nos patients utilisent des analogies informatiques. L’un a dit qu’il se sentait comme si son cerveau avait été ‘défragmenté’ et un autre qu’il se sentait comme ‘redémarré’. Les résultats de l’imagerie cérébrales tendent à supporter cette idée de ‘redémarrage’. La psilocybine pourrait être ponctuellement utilisée pour aider les gens à sortir du cycle dépressif dans lequel ils sont enfermés.”

Psilocybine et dépression
La psilocybine pourrait à sortir de la dépression en ‘redémarrant’ les circuits neuronaux impliqués.

Les scientifiques mettent cependant en garde que ces recherches restent préliminaires, et s’inquiètent que leurs résultats poussent les gens à abuser de la drogue.

Même dans l’expérience conduite à l’Université Hopkins, un tiers des participants ont eu des moments d’angoisse, voire parfois des expériences paranoïaques. En dehors d’un environnement adéquat, ce type d’émotions peut conduire à la panique et à des comportements destructeurs.

Par ailleurs, les champignons sont aussi connus pour avoir le potentiel de révéler des pathologies psychologiques chez certaines personnes prédisposées.

Avec autant de résultats positifs autour du potentiel des champignons hallucinogènes, il semble cependant inévitable que des recherches futures en viennent à changer la perspective du grand public par rapport à l’usage de ces drogues dans un contexte thérapeutique.


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