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Transe chamanique, neurosciences et psychiatrie

L’ethnomusicienne Corinne Sombrun est partie en Mongolie pour étudier les traditions musicales locales. C’est là qu’elle a appris qu’elle avait des talents de chamane et entrepris une initiation. Une fois revenue à la “civilisation”, elle a collaboré avec différents chercheurs en neurosciences pour clarifier la nature physiologique des états de transe chamanique.

Par simple examen visuel des transes (provoquées et tout à fait contrôlées!) de Corinne, ils ont tout d’abord établi une similitude marquante avec des “troubles” psychiatriques du type dédoublement de personnalité et personnalités multiples.

Ils ont ensuite utilisé des électroencéphalogrammes pour étudier le cerveau de Corinne alors qu’elle était en transe. Et ont observé un fonctionnement similaire au fonctionnement du cerveau des gens souffrant de dépression, d’états maniaques et de schizophrénie!

Comme je le disais ici, la principale différence entre le “mystique” (même si ce mot ne veut finalement pas dire grand chose) et le psychotique est la faculté du premier à entrer et sortir de ses états modifiés de conscience à souhait alors que le deuxième perd complètement contact avec la réalité pour des raisons que la science mainstream comprend encore mal…

Fascinant de se dire que les gens considérés comme “fous” par la société moderne et la psychiatrie pourraient en fait être les guérisseurs dans les sociétés tribales non? Et qu’ils ont peut-être un rôle à jouer dans le groupe social plus important que le matérialisme scientifique ne l’a jamais envisagé, ne considérant ces syndromes que sous l’angle de la pathologie…

C’est sûr qu’il y a tout un processus de guérison avant que le “fou” n’intègre son expérience “mystique” et devienne un “guérisseur”. Mais pour l’essentiel, ce qu’on appelle “éveil spirituel” (en fait des événements d’expansion de conscience amenant la nécessité impérieuse de vivre un “autre chose”), et les “troubles mentaux” ne sont que les deux faces d’une même pièce.

Sans trop m’étaler sur ce sujet, il est intéressant de savoir qu’au Japon par exemple la schizophrénie n’existe plus… Elle a été rétrogradée au simple rang de “trouble de l’intégration”! A mon avis il y a au Japon tellement de gens hors-normes vivant des réalités alternatives qu’ils n’ont pas eu le choix… A moins de classer 50% de la population comme schizophrène…

Toujours au Japon, les troubles de déficit de l’attention et d’hyperactivité (TDAH), pour lesquels 25% des enfants américains sont mis sous médocs, n’existent pas non plus. Ils sont vus comme un type de personnalité… Le Japon est souvent en avance sur le reste de l’Occident, que ce soit pour le meilleur ou pour le pire d’ailleurs, mais c’est un autre sujet…

La photo juste au dessus est tirée d’un livre de Marie-Louise Von Franz, docteur en psychologie, pionnière de la psychologie analytique et collaboratrice de Carl Gustav Jung, psychiatre et mystique. Intéressant point de vue que de dire que le problème principal du schizoïde est peut-être bien son entourage le plus direct et en dernier ressort le psychiatre lui-même, non?

Et pourtant, cela est moins absurde qu’il n’y parait… Il s’agit juste de changer de perspective: simple question de complémentarité. Sans schizoïde, pas de psychiatre, et sans psychiatre, pas de schizoïde. L’un ne se définit que dans son rapport à l’autre (pareil avec les coaches et les gourous d’ailleurs, c’est juste “l’église” qui est différente).

Et pourtant dans l’absolu et en dehors de toute norme sociale (par définition une construction temporaire et subjective), qui du psychiatre ou du schizoïde détient la vérité? Partant de l’idée que “ce n’est pas un signe de santé mentale que d’être adapté à une société malade” (Jiddu Krishnamurti), qui est pathologique, le schizoïde ou la société qui l’a enfanté?

Entendre des “voix” (pour prendre l’exemple classique) est-il plus ou moins grave que gober le discours des hommes politiques (ou des psys, des coaches et des gourous…) ou manger des chips et boire du coca en regardant C8? A réfléchir! Le bouquin de Marie-Louise Von Franz s’appelle “Alchimie: introduction au symbolisme et à la psychologie” et est disponible ici.

En tant que biologiste, je perçois la folie comme une sorte de processus sélectif. En biologie la sélection est le processus naturel par lequel les individus non adaptés à un environnement donné disparaissent. Transposé à la psychologie, ce serait donc le processus culturel par lequel tous ceux qui divergent trop se retrouvent exclus. Et il convient bien entendu d’y échapper…

Il n’en a pas toujours été ainsi: dans les sociétés tribales, les sorciers et les chamanes sont intégrés à la société et y jouent un rôle très important: ce sont ceux qui assurent le contact avec le monde des esprits (quoique cela puisse vouloir dire) et de la nature… Et par là même les garants d’un certain équilibre… Ils sont en quelque sorte ceux qui ont un accès naturel au “Divin”.

En Occident, cette fonction disparaît très tôt. Dès l’émergence du christianisme et de la société pyramidale. C’est à partir de ce moment en effet que les représentants du “Divin” commencent à être désignés (ce qui permet plus de contrôle sur leurs élucubrations). Les sorciers et les chamanes qui prennent le chemin du fou sont encore tolérés par la société, les autres brûlent…

Le siècle des lumières, durant lequel le matérialisme scientifique devient le paradigme dominant et qui se caractérise à la fois par un rejet marqué de la spiritualité et une tentative de tout rationaliser, amène une étape supplémentaire dans ce processus d’exclusion: les fous deviennent des malades à soigner absolument, et ce afin de les faire rentrer dans la “normalité”…

Après la réalité du sorcier, c’est celle du fou qui devient incompatible avec une société de plus en plus normée. Les “spécimens divergents” perdent ce qui leur reste de “légitimité existentielle” et se retrouvent attaqués dans leur individualité même. Hors qui perd son enracinement à la matière et au groupe se retrouve naturellement propulsé vers encore plus de déraison.

D’autres facteurs ont sûrement contribué à cette évolution historique: le passage d’une organisation sociale communautaire à des petites cellules familiales isolées, la verticalisation progressive du pouvoir et de la “vérité officielle”, ou encore la séparation croissante des tâches dans la société industrielle naissante et la perte de contact avec le milieu naturel qui s’en est suivie…

Bien entendu, je suis conscient qu’il s’agit là d’une théorie simpliste. Et je n’irai pas jusqu’à dire que les difficultés psychologiques et la folie sont une pure invention du monde moderne… Les quelques témoignages qu’on a par exemple des chamanes Heyoka (chez les Lakotas) suggèrent que leur rôle, bien que reconnu par la tribu, n’en était pas pour autant plus facile à vivre…

Pour autant il reste quand même évident que si la nature crée les individus tous différents, c’est pour une bonne raison, et que les processus de normalisation imposés par des structures sociétales rigides amènent nécessairement un certain nombre de problèmes. Sur ce, je vous laisse avec le philosophe français Michel Foucault, qui a des choses intéressantes à dire sur le sujet.


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Eveil spirituel et psychose.
Se reconstruire après un épisode psychotique.

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